Le fétiche

Une nouvelle fois la revue « Entreprise & Carrières » (n° 1166 du 12 novembre) revient sur ces notions d’évaluation et de performance, tant prisées...

A l’heure où fleurissent les articles sur la gestion des  talents, et où les outils proposés tournent beaucoup autour de l'évaluation,  il est toujours utile d’entendre un autre son de cloche, en l’occurrence  à travers l’entretien avec  Bénédicte VIDAILLET (BV).

Extraits :

E&C : Vous constatez dans votre dernier ouvrage que l’évaluation s’étend à de plus en plus de salariés dans l’entreprise. Quels en sont les effets ? 

BV : Il faut bien distinguer les pratiques d’évaluation, telles qu’elles ont toujours existé dans tous les métiers, et l’évaluation individuelle de la performance. C’est cette évaluation dont je parle et dont les effets sont délétères.

…/…

E&C : Pourquoi se développe-t-elle autant malgré ses méfaits ?

BV : L’évaluation possède une forte dimension idéologique. Comme toute idéologie, elle repose sur une croyance, celle d’une organisation parfaite où la performance de l’un vient compléter la performance de l’autre.

…/…

E&C : L’évaluation n’est-elle pas un moyen de donner aux salariés la reconnaissance dont ils ont besoin ?

BV : C’est une fausse opération de reconnaissance, psychiquement très déstabilisatrice et qui entraîne un nouveau besoin de reconnaissance. C’est un cercle vicieux. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que le besoin de reconnaissance flambe dans les organisations où l’univers symbolique a disparu, où les places ne sont plus stables du fait de la flexibilité, de la polyvalence, des réorganisations.

…/…

E&C : Que proposez-vous pour sortir de ce cercle vicieux ?

BV : Il faut arrêter de donner une telle importance à l’évaluation, arrêter de penser qu’elle peut résoudre les problèmes de démotivation, de manque de performance, etc. Qu’il y ait des problèmes dans les organisations, c’est normal. L’évaluation n’est pas une recette miracle pour les résoudre. Or, elle est devenue un fétiche. Il faut se détacher de cette croyance, lui résister. De plus en plus de salariés se rendent bien compte que cela ne marche pas. Ils doivent maintenant s’autoriser à le penser ouvertement.

Retrouver ces propos dans son ouvrage « Evaluez-moi ! Evaluation au travail : les ressorts d’une fascination » (Seuil 2013) et l'intégralité de l'article en suivant ce lien : Evaluation_est_devenue_un_fetiche___WK_RH.

Je vous renvoie aussi à mon article du 12 mai dernier et particulièrement aux liens suivants :

Donc au risque de me répéter

Alors, des outils oui, mais attention à ne pas se protéger derrière cet outil qui tend à imposer une mesure informatique autoréférencée...

ou de répéter la citation de Arthur MILLER :

« Si l’homme ne façonne pas ses outils, les outils le façonneront »

 

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